Apres une première condamnation, et le suicide de l\\\'une de ses ex, Christophe MORAT a récidivé
02.10.2014
Aix : l'homme accusé d'avoir transmis le VIH écope de 12 ans L'homme de 40 ans était jugé pour avoir contaminé en récidive une femme et en avoir exposé 5 autres. Il fera 12 ans de réclusion criminelle.
"J'ai pas menti... J'ai pas dit la vérité, c'est tout", s'est défendu mercredi l'homme jugé devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône pour avoir transmis le VIH, sciemment et en récidive.
"Je regrette énormément les actes que j'ai commis", a toutefois ajouté Christophe Morat, 40 ans, poursuivi pour "administration volontaire de substances nuisibles" à plusieurs femmes, ayant entraîné pour l'une d'entre elles "une mutilation ou une infirmité permanente", "avec préméditation et en état de récidive légale".
Les bras croisés, d'une voix hésitante, parfois ému, il regrette "de ne pas avoir pris la décision par moi-même d'avoir mis un préservatif" et de ne pas avoir mis au courant ses partenaires par peur du rejet. "Je n'arrive pas à dire les choses", concède-t-il. "Je m'en veux énormément d'avoir contaminé" la jeune femme à qui il a transmis le VIH et qu'il dit aimer et "d'avoir fait prendre le risque" aux autres, avec lesquelles il a eu des relations sans préservatif, mais qui n'ont pas été contaminées.
En revanche, il nie avoir menti sur les risques qu'encouraient ses partenaires, et notamment celle à qui il a finalement inoculé le virus. "À aucun moment, je ne lui ai fait croire que je n'étais pas contaminant", assure-t-il. "J'ai pas menti... J'ai pas dit la vérité, c'est tout."
Un peu plus tôt pourtant, cette comptable de 43 ans a longuement raconté comment elle était tombée "sous l'influence" de l'accusé. Évoquant leur rencontre en février 2009 - alors qu'elle est en pleine séparation, elle a expliqué avoir apprécié "l'écoute" de Christophe Morat. Elle parle des relations sexuelles composées de "pénétrations vaginales et fellations, toujours sans éjaculation". "Tu m'as filé ton virus !" Des soupçons sur la fidélité de son partenaire l'amènent, en novembre 2009, à taper son nom sur Internet et à découvrir son ancienne condamnation par la cour d'appel de Colmar en 2005 pour avoir transmis le VIH. "J'ai regardé sur Google, je m'en souviendrai toujours. (...) Je l'ai vu. Il n'a pas nié. Il s'est effondré."
"J'ai pas eu le courage de te le dire. J'espère que tu ne vas pas me rejeter", lui répond alors, selon elle, Christophe Morat. Elle se laisse convaincre, car "il parle d'avoir un enfant". Nouveaux rapports sexuels, avec préservatif cette fois, mais il la pousse à arrêter cette protection. "Ça ne sert à rien, je n'éjacule pas en toi, il n'y a pas de risque", lui aurait-il avancé. Elle fait alors un test, qui s'avère négatif. "Tu vois, ça confirme ce que je t'ai dit", argumente-t-il de nouveau, d'après elle. Rassurée, elle accepte les rapports sans protection. "Je l'aime, il m'aime, pourquoi me ferait-il prendre un risque ?" dit-elle à la cour.
Quelques mois plus tard, prise de violentes nausées et céphalées, elle finit par découvrir sa propre séropositivité. "Ma vie est finie, j'ai voulu mourir", souffle-t-elle. Elle le confronte : "Tu m'as filé ton virus ! Je m'attendais au moins à ce qu'il s'effondre en me disant c'est pas ce que je voulais, mais rien : un blanc." "Que veux-tu que je te dise ?" lui répond-il finalement. Christophe Morat ajoute qu'il l'"aime toujours", qu'il veut "passer (s)a vie avec" elle. Elle accepte et il s'installe avec elle et sa fille, parfois avec son fils à lui.
En décembre 2011, elle reçoit un appel du commissariat à la suite de la plainte d'une autre femme qui a eu des relations sexuelles avec Christophe Morat et découvert son histoire. Convoquée, elle finit par tout raconter à l'enquêteur... Mais hésite à porter plainte. "Pourquoi ?" lui demande l'avocat de la défense. "J'étais sous son influence. Je me suis dit si je porte plainte, toute la vie future que j'avais envisagée, je vais la perdre." Christophe Morat encourt 30 ans de réclusion criminelle, du fait de l'état de récidive, avec la circonstance aggravante de la préméditation. Verdict jeudi.
La cour d'assises des Bouches-du-Rhône a prononcé jeudi une peine de douze années de réclusion criminelle contre Christophe Morat, jugé depuis lundi pour avoir transmis le VIH, sciemment et en récidive. Il a été reconnu coupable d'avoir contaminé une femme et d'en avoir exposé cinq autres à ce risque.
L'avocate générale avait requis 15 ans de réclusion criminelle contre cet homme de 40 ans, qui avait déjà été définitivement condamné en 2005 à six ans d'emprisonnement pour des faits similaires. Christophe Morat était jugé pour "administration volontaire de substances nuisibles" à plusieurs femmes, ayant entraîné pour l'une d'entre elles, contaminée, "une mutilation ou une infirmité permanente" et pour cinq d'entre elles, séronégatives, une atteinte à l'intégrité psychique, le tout "avec préméditation et en état de récidive légale"
L'avocate générale Martine Assonion l'a dépeint jeudi comme un homme "théâtral, comédien", "charmeur, séducteur", mais qui possède "deux personnalités", le "tendre" et le personnage "abject, qui parle de manière dure". Dans son réquisitoire, elle est longuement revenue sur les multiples aventures sexuelles de l'accusé dès sa sortie de prison, entre 2008 et 2011. "M. Morat est en chasse", et va "continuer son oeuvre destructrice". "La trahison, l'infidélité sont le lot de la nature humaine, mais ne constitue pas une infraction pénale", rappellera pour la défense Me Barbara Camoin.
L'avocate générale a aussi affirmé que M. Morat "connaissait tous les modes de transmission" du VIH, alors que certaines partenaires ont raconté comment il prétendait qu'il n'y avait "pas de risques" puisqu'il n'éjaculait pas en elles. Les avocats de la défense ont contesté pied à pied le raisonnement juridique de l'accusation. "Le sexe, le sang, la mort" La contamination au VIH, une "infirmité permanente" ? "Vous devez la caractériser", a demandé Me Christophe Bass, autre avocat de l'accusé, aux jurés. "Est-ce que le traitement à vie est une infirmité ?" a-t-il questionné, en faisant référence aux progrès de la thérapeutique contre le VIH.
Dans le cas de l'administration de substance nuisible, "la tentative n'est pas punissable", a argué un autre de ses avocats, Me François Mason, pour tenter de faire tomber les charges concernant les cinq femmes exposées, mais non contaminées. Me Mason s'est surtout attaché à démontrer l'absence de préméditation, qui a justifié son renvoi devant une cour d'assises, et non devant un tribunal correctionnel. "Si l'on veut maximiser ses chances (de contamination), c'est un rapport sexuel avec éjaculation", a-t-il souligné, alors qu'avec la plupart des femmes, il se retirait avant. "Le sida, c'est le cumul de trois grands tabous : le sexe, le sang, la mort", a-t-il également lancé pour expliquer son incapacité à avouer sa séropositivité à ses partenaires. Quant à l'atteinte à l'intégrité psychique des victimes non contaminées, c'est "un préjudice lié à la prise de risque des plaignantes", a avancé Me Camoin.
"J'ai pas menti... J'ai pas dit la vérité, c'est tout", s'était défendu mercredi, l'accusé, les traits émaciés, exprimant toutefois de profonds regrets. Bras croisés, d'une voix hésitante, parfois ému, il a ainsi déploré "ne pas avoir pris la décision par (lui)-même d'avoir mis un préservatif", tout en niant avoir menti sur les risques qu'encouraient ses partenaires, notamment à celle à qui il a transmis le virus : "À aucun moment, je lui ai fait croire que je n'étais pas contaminant." Cette femme de 43 ans a, elle, longuement raconté comment elle était tombée sous "l'influence" de l'accusé ; comment des soupçons sur la fidélité de son partenaire l'avaient amenée à découvrir sur Internet son ancienne condamnation ; comment il l'avait convaincue de rester avec lui, d'avoir de nouveau des rapports protégés, puis non protégés ; comment, enfin, elle avait été contaminée et avait, malgré tout, continué à vivre avec lui. À la fin de l'audience, Christophe Morat a de nouveau demandé pardon aux femmes assises en face de lui sur le banc des parties civiles, avant que le jury se retire pour délibérer. www.lepoint.fr/justice/15-ans-de-prison-requis-contre-l-homme-accuse-d-avoir-transmis-le-vih-02-10-2014-1868669_2386.php